Nous étions donc là, en France, après une année et demie d'absence. Quelques petits trucs avaient changé mais dans l'ensemble, on avait l'impression d'être partis hier. Les retrouvailles avec mes parents furent très larmoyants, surtout parce que nous avions vécu des moments difficiles pendant ces un an et demie et la haine de ma belle-famille qui m'a brisée au départ et la méchanceté de certains par la suite. J'avais tellement besoin d'être serrée dans les bras par ceux qui m'aiment vraiment, sentir physiquement leur amour ... reprendre une bonne bouffée d'oxygène après ce temps à retenir ma respiration ... En tous les cas, le départ ne fut pas du tout larmoyant, peut-être parce que j'avais repris de la force et qu'on se donnait rendez-vous dans un an.
Nous étions donc heureux d'être de retour. Notre visage illuminait de bonheur et nous sourions, les yeux brillants, l'âme reposée. Nous marchions sur les trottoirs de Versailles et c'est là que j'ai pris conscience de quelque chose que jamais auparavant je n'avais vraiment réalisé : les gens ont l'air si triste ! Ce n'est pas qu'ils font la tête, pas contents (même si y'en a des comme ça); c'est qu'ils sont tout simplement tristes. Rien de gai pour les égayer : le ciel est gris, les immeubles sont gris, les trottoirs gris ... Et puis, ils ne se parlent pas. Une chose de très positif que m'apporte ma vie au Texas est la communication avec autrui. Moi qui était plutôt renfermée, j'ai appris à discuter avec ceux que je ne connais pas. Et puis, ce qui aide est que j'étais contente d'être de retour dans mon élément ;-) Par exemple, lorsque j'ai été faire ma prise de sang (bilan sanguin), l'infirmière ne commençait pas fort sa journée, sa collègue lui ayant fait quelques remarques. Tout naturellement, j'ai commencé à lui faire la conversation, lui demandant même où elle habitait (chose qui ne se fait pas) ... eh bien, on a eu une super conversation. J'ai senti qu'elle avait vraiment besoin de parler, de communiquer mais ça ne se fait tellement pas ici. Quand je l'ai quittée, elle arborait un grand sourire. Elle m'a souhaité un bon retour. Elle était heureuse pour le reste de sa journée (il était 9H).
Plus tard, sur le parvis de la Défense, en coup de vent, je regardais autour de moi, toujours heureuse, toujours le sourire jusqu'aux oreilles. Et là, j'ai croisé le regard d'une passante alors que je parlais à mon mari et elle m'a renvoyé mon sourire.
ça peut vous paraître insignifiant ou ridicule. Pour moi, ça représente tellement car avant, j'étais comme eux, engluée dans cette morosité, grisaille et ce stress citadin. Mais, je ne m'en rendais pas compte ! Je souffrais de leur aggressivité, de leur froideur mais je ne voyais pas leur tristesse ... Maintenant, je comprends beaucoup mieux ce que ma maman m'a dit un jour alors que je plaignais : "je ne leur en veux pas. J'ai simplement de la peine pour eux car ils sont trites." (grosso modo car j'ai oublié les termes exacts).