Je n'avais pas envie de le raconter hier car c'était trop frais et j'étais dégoûtée pour lui. Mais aujourd'hui, ça va cent fois mieux et il y a beaucoup d'espoir à l'horizon de ce ciel bleu. Donc je vais vous raconter.
C'était un matin comme un autre ... ou du moins, ça aurait dû l'être. Il faisait gris et froid. Il pleuvait. Les choses étaient tendues ses derniers temps. Il sentait le vent tourné. Après une année de dévotion à son travail, toujours à l'heure, à se proposer pour les heures supplémentaires, à travailler correctement, le vent a tourné.
Il est arrivé en avance, comme d'habitude, pour éviter les éventuels problèmes sur la route qui le conduise à son lointain boulot. Il est entré dans le hall, comme à son habitude. Il a passé son badge dans la machine qui a bipé. "Mm, elle ne doit pas marcher, comme la dernière fois" s'était-il dit. Il a essayé la deuxième et le même bip retentit. A la troisième, il a commencé à se dire que ce n'était pas possible. L'employé à la sécurité l'a regardé avec cet air inquiet d'une situation qu'il a tant de fois vu.
"Qui puis-je appeler ? " lui a-t-il demandé.
"untel, ma superviseuse" fut sa réponse.
Il appela, eut confirmation de ce qu'il se doutait. Il regarda de nouveau cet employé qui venait travailler, comme tous les matins, en avance, comme à son habitude.
"Appelez votre agence de placement" dit l'employé à la sécurité.
"Puis-je parler à ma chef ?" enquérit-il.
"Non"
"Et mes affaires ?"
"quelqu'un de votre agence viendra les prendre pour vous les donner. Partez maintenant" dit-il d'une voix stressée, le regardant bien dans les yeux, le corps tendu, près à bondir si l'employé refoulé essayait de rentrer par la force.
Mais, dépité, il ne sut que dire. Dans sa tête, toute se bousculait : pourquoi ?, comment ?, quoi ? ... qui restaient sans réponse. Il se sentait comme poignardé dans le dos. On ne lui laissait même pas la possibilité de savoir, de s'expliquer. On le balançait comme un déchet, un moins que rien. Elle n'avait même pas eu le courage de lui dire en face, la veille.
Face à ce mur, il tourna les talons et repartit vers sa voiture, la tête perdue dans l'incompréhension, comme s'il était entré dans la quatrième dimension.
C'est aussi ça, l'Amérique.
ps : vous inquiétez pas. Ce fut un sacré choc hier mais aujourd'hui, il a récupéré son carton, le fameux carton de quand t'es viré. Et puis, son agence lui propose déjà quelque chose alors ! Même si ça marche pas, on a de l'espoir.